mercredi 6 août 2014

Futur





Qui sait: ce que j’écris, je dois le manger; ce  que je n’écris pas:
me dévore à moi. Il ne disparaît pas parce que je le mange.
Et je ne disparais pas parce qu’il me dévore.

Herta Müller



Derrière le mur
le mot est presque tout
quand personne n’écoute
quand personne ne se tourne pour t’appeler

et presque tout
dévore le presque rien qui s’éteint quand tu fermes les yeux
pour tenter ton absence
ton quasi être
qui deviendra rien
ou souvenir
ce qui est la même chose

et hors le mur
les cadavres s’entassent.




Argénida ROMERO. Née à Caracas (Vénézuela), elle vit à Saint-Domingue où el est journaliste et écrivain. Elle a publié Mudanzas (Déménagements, Letragráfica, 2010) et Arraiga  (Prise de racines, 2014. Elle publie le blog  El diario de la rosa.

mardi 10 juin 2014

passe-temps




quand la ville ferme ses yeux au bord de l’horizon
et que la nuit se déchire sur les rues vides,
j’aime sortir chasser des mots, les attraper entre mes mains.
les ressentir comme elles respirent entre mes doigts,
les rapprocher de mes oreilles,
écouter leurs ordres
et, comme un zombi,
répandre des vers sur les murs,
sur le corps tiède des putains de la rue El Conde,
sur les chiens bâtards qui fouillent les ordures sur le vent,
courir quand les premiers rayons du soleil violent les toits,
attendre à ce  que l’obscurité recommence à se mettre entre les pores de concret
pour aller chasser encore une fois.


Version originale en langue espagnole disponible ici: http://contratiempo.net/2012/05/luis-reynaldo-perez/




Luis Reynaldo PÉREZ est l’un des représentants les plus saillants de la dernière génération de poètes dominicains. L’espace urbain constitue pour lui un univers d’exploration incessant, centre véritable d’une quête simultanément poétique et existentielle. Prix de poésie Pedro Mir 2012, octroyé par la Fondation Globale Démocratie et Développement (FUNGLODE), avec son poème intitulé Urbania. À part ce dernier, il a publié, entre autres titres, Toda la luz (Toute la lumière, 2013), Temblor de lunas (Frisson de lunes, Prix Unique au Premier Concours National de Haïku, 2013), Poemas para ser leídos bajo la lluvia (Poèmes à lire sous la pluie, 2012), etc.

jeudi 6 mars 2014

Tel que Narcisse m'a regardé



Je me dois de regarder ce que d'autres n'ont pas regardé
l'image du rêve
la parole du vent
le sourire du souvenir
la pensée de la mer
la folie de la bête
l'homme
l'illusion du souvenir
l'étourdissement
la vengeance du mort
mon nom
l'immortalité de la vie
le délire de l'homme
la mort
la nuit oscure
le jour clair comme la nuit
la nuit où nous tous périssons
la fulguration souriante infinie du jour
qui passe comme la brume
le soleil et ton sommeil
rivière infinie qui me soutient
je me dois de posséder la transparence liquide de la mer
sa fissure perdue pour toujours
sa fatigue qui
invente d'agonies pour la vie
je me dois de me regarder
comme d'autres m'ont regardé
avec vengeance découragement et peur
tel que je me regarde toujours dans la pensée
fabulateur et farouche indocile
tel que Narcisse m'a regardé dans le miroir
imprécis et fugacecomme s mort évanescente
perdurable comme l'oubli
doux et tendre comme le désir
comme le rêve passion et poésie
quand je me suis reveillé j'ai compris son épitaphe secret: la bonté
du regard
supporte le visage de l'homme sans se briser


Version en langue espagnole disponible ici: http://37poetas.tripod.com/id12.html  


PIÑA, Jorge est un poète, médecin et psycanaliste dominicain né à San Juan de la Maguana. En 1993, il fixe sa résidence à Inwood-Washington Heights, New York. Il se définit lui-même come métapoète et psychanaliste, à partir de la thèse selon laquelle "le poème est un métalangage". Il a fondé le Movimiento Escuela Internacional Metapoesía (MIM). Piña a publié, entre autres titres: La passion des rêves, avant-métapoétique, (Androgyne aveugle (métapoésie, 1998), Métaoniriques (métapoésie, 1998); (Anthologie), 2003 et Ars Métaonirique. L'un de ses livres les plus récents s'intitulle Les Manifestes de la Métapoésie, 2003.


mercredi 5 mars 2014

Poulain transpiré par esprit froid




Le sang de sa musique c'est du soleil

Sous ma langue triste et sage
Sous ma langue de chaire érotique
Sous ma langue, fruit qui retient
Sous l’argile amoureuse de ma langue
Indifférente à la nostalgie
Ma langue chaleureuse de bibliothèque
(saveurs du savoir)
Mon endroit d’imbattable présent
Ou sommeille mon cosmonaute

Et son vaisseau peint au frais


Le texte original en langue espagnole est disponible ici: http://www.angelahernandeznunez.com/2013/05/poemas-del-libro-onirias-imagen-y.html



Ángela HERNÁNDEZ (1964). Née à Jarabacoa, République Dominicaine, elle écrit des poèmes, des essais, des contes et des romans, à côté de ses activités comme animatrice culturelle et comme activiste de premier rang dans la lutte pour la sauvegarde des droits des femmes. Comme poète, elle a publié: Desafío (Défi, 1985); Tizne y cristal (Suie et crystal, 1987); Arca espejada (Arche miroitante, 1994); Telar de rebeldía (Métier de révolte, 1998).

jeudi 27 février 2014

Pragmatique




La sensibilité: ce jeu de sauter
entre les tombeaux métaphoriques
des poètes sans âme.

La poésie: ce jeu de figures anamorphiques
qui se désarment pour paraître dans n’importe quelle pub.

La profondeur: cet abime illuminé
avec des petites lampes de Noël.

La fatalité: ce souvenir clignotant
de peut-être le petit matin.

Les arguments triomphent.



Mónica VOLONTERI (1964). Poète, romancière et enseignante argentine née à Comallo, dans la Patagonie. Elle vit à Saint-Domingue depuis 1993, ayant obtenu, en 2010, la nationalité dominicaine. Comme poète, elle a publié Máximo Gómez bajando (En descendant la Máximo Gómez. Editorial Isla Negra, Porto Rico, 2006), dont fait partie le poème traduit ci-dessus. Son roman Sandro (una historia clínica) (Sandro (une histoire clinique) Editorial Isla Negra, Porto Rico, 2004) et les contes de son livre Historias del mosquito fisgón (Histoires du moustique voyeur. Saint-Domingue: Ediciones Bangó, 1993) sont d’autres titres appartenant à sa production publiée.

Le peché des dieux


S'il est un crime que de faire sentir
l'odeur de la nourriture à un homme afamé
et condamné ne plus manger à jamais,
comment peut-il être considéré juste
le juge qui fait découvrir à l'homme
l'éternel et l'infinit,
lui fait sentir la perfection
et lui provoque le désir de l'atteindre,
tout en sachant qu'il poursuit, inexorable,
la puanteur de l'homme qui pourrit,
seconde après seconde,
le premier après le premier?

Le texte en espagnol est disponible ici: http://www.cielonaranja.com/juanfreddyarmando.htm

Juan Freddy Armando (1951). Né à Hato Mayor, République Dominicaine. Poète, publiciste et fonctionnaire, membre de l'Académie Dominicaine de la Langue depuis 2010, il a commencé à écrire des poèmes et des contes en 1973. Malgré ses publications fréquentes dans les pages des magazines et journaux dominicains, la plupart de sa production littéraire reste inédite.

mercredi 26 février 2014

Nids d'oiseaux






Missionnaires
lumineux, nos organes sexuels,
parfaits comme nids d’oiseau,
carnivores, inimitables.

Les organes des vierges
où tiennent tous les rêves.

Les organes de miel des prostituées
où tiennent tous les hommes.

Les organes des dames où un homme tient
et où des milliers sont invoqués.

Les organes poussiéreux des mortes
où les vers soupirent.

Les organes de la femme gravide
en plaine érudition créatrice.
Le monde créé à travers d’un cercle.

Version en espagnol disponible dans: http://blog.pucp.edu.pe/item/29317/la-poesia-de-aurora-arias-santo-domingo-r-d-1962 


Aurora ARIAS (1962). Née à Saint-Domingue, elle a étudié Art et Psychologie, et a travaillée comme journaliste, ayant été coéditrice de Quehaceres, organe du Centre pour l’Action Féminine (CIPAF). Poète et narratrice, elle a publié, comme poète, Vivienda de pájaros (Demeure d’oiseaux, 1986) et Piano lila (Piano couleur lila, 1994).



vendredi 21 février 2014

Ne tombe pas amoureux




Ne tombe pas amoureux d’une femme qui lit, d’une femme qui ressent trop, d’une femme qui écrit…
Ne tombe pas amoureux d’une femme cultivée, magicienne, délirante, folle.
Ne tombe pas amoureux d’une femme qui pense, qui sait ce qu’elle sait et qui, en plus, peut s’envoler; une femme sûre d’elle-même.
Ne tombe pas amoureux d’une femme qui rit ou qui pleure en faisant l’amour, qui sait convertir sa chair en esprit; et encore moins d’une qui aime la poésie (celles-là sont les plus dangereuses), ou qui s’attarde une demie heure en fixant un tableau, ou qui ne sait pas vivre sans musique.
Ne tombe pas amoureux d’une femme qui s’intéresse à la politique et qui soit rebelle et qui  s’abime dans une immense horreur a l’égard des injustices. Une qui aime les jeux de foot et de baseball et qui n’aime absolument pas regarder la télévision. Ni d’une femme qui est belle peu importe les traits de son visage ou les caractéristiques de son corps.
Ne tombe pas amoureux d’une femme intense, ludique et lucide et irrévérente.
Ne veuille pas tomber amoureux d’une femme de la sorte.
Car, quand on tombe amoureux d’une femme pareille, qu’elle reste ou pas avec toi, qu’elle t’aime ou pas, d’elle, d’une telle femme, JAMAIS on ne revient.



Le texte en espagnol est disponible ici: http://negracubanateniaqueser.wordpress.com/2014/02/06/no-te-enamores-por-martha-rivera-garrido/ 


Martha RIVERA (1960). Née à Saint-Domingue, elle a publié quatre livres de poèmes: en 1985, 20th century, aun sin título en español (20ème siècle, encore sans titre en espagnol); en 1986,  Transparencias de mi espejo (Transparences de mon miroir), en 1995, Geometría del vértigo (Géométrie du vertigeet en 2013 Emma, la noche, el mar y su maithuna (Emma, la nuit, la mer et sa maithuna). En 1996, elle a publié le roman He olvidado tu nombre (J'ai oublié ton nom).

samedi 19 novembre 2011

Un son comme de clavicule



Cent cerises et un son comme de clavicule, et un son de géographie et linceul et mer sans trop envie de s’endormir. Un air grand-père ou presque ; air dur, difficile pour l’amitié. Un son comme de clavicule, et le paysage au visage trop sérieux. Des squelettes de cerises à même une larme ; des os de mots, des os de noms brisés ; cerises de l’âme tombés par haine et des machettes aux gencives trop grandes.

Le texte en espagnol est disponible ici: http://elpendulodevidrio.tripod.com/id4.html

Pedro Pablo FERNÁNDEZ (1953) est né a San José de Ocoa, République Dominicaine. Poète, essayiste et journaliste, il travaille en publicité depuis 1978. Membre fondateur du groupe « Y punto » (« Un point c’est tout »), intégré par des poètes dominicains des années 70. En poésie, il a publié jusqu’à présent : Fragmentations (Fragmentations, 1981) ; Presencia & monólogo (Présence & monologue, 1983) ; Sístole diástole (Systole diastole, 1986), Veinte pop emas rockmánticos (Vingt pop èmes rockmantiques, 1986), Agua lírica (Eau lyrique, 1996) et Porque chocolate (Parce que chocolat, 1996)

Personne qui est quelqu’un


Personne qui est quelqu’un vocifère des alcools imprononçables, salit six sonates, plâtre un rire aux éclats, blasphème une métaphore. Quelqu’un ; une épouvante, une rumeur ayant un corps peut-être qui n’est pas le lutin vert de la chlorophylle ni le lutin décent du miel d’abeilles ; il salit cette minute, frappe la paix aux côtes gauches, maudit, dédit. Personne qui est quelqu’un fête une hépatite et un duel pour que, plus tard, une gérance de mouches amuse une paupière qui chôme. Personne qui est quelqu’un sème un ophidien, une tristesse, un fruit pourri dans l’esprit.

Le texte en espagnol est disponible ici: http://elpendulodevidrio.tripod.com/id4.html

Pedro Pablo FERNÁNDEZ (1953) est né a San José de Ocoa, République Dominicaine. Poète, essayiste et journaliste, il travaille en publicité depuis 1978. Membre fondateur du groupe « Y punto » (« Un point c’est tout »), intégré par des poètes dominicains des années 70. En poésie, il a publié jusqu’à présent : Fragmentations (Fragmentations, 1981) ; Presencia & monólogo (Présence & monologue, 1983) ; Sístole diástole (Systole diastole, 1986), Veinte pop emas rockmánticos (Vingt pop èmes rockmantiques, 1986), Agua lírica (Eau lyrique, 1996) et Porque chocolate (Parce que chocolat, 1996)

jeudi 8 septembre 2011

Épitaphe pour le Noir qui a joint le Ku Klux Klan




Je suis allé le matin m’inscrire au Klux
car je ne voulais rien savoir des Noirs
parce qu’ils étaient noirs.
Ils allaient me tuer en ouvrant la porte,
mais ils m’ont laissé vivre
quand je leur ai dit la raison de ma visite.
Ils ont étudié mon cas
d'un air très sérieux,
une intelligence admirable
et des arguments très sages.
Le soir, ils m’ont commandé
de tuer, pour commencer,
le Noir le plus proche de moi,
et dans le Georgia j’ai sauté,
dans les eaux de la Tennessee.
Cela explique pourquoi je gis ici
dans ce cimetière liquide,
fier d’avoir accompli fidèlement
la première mission que le Klux m’a commandée.

Le texte en espagnol est disponible ici: http://www.cielonaranja.com/juanfreddyarmando.htm

Juan Freddy Armando (1951). Né à Hato Mayor, République Dominicaine. Poète, publiciste et fonctionnaire, membre de l'Académie Dominicaine de la Langue depuis 2010, il a commencé à écrire des poèmes et des contes en 1973. Malgré ses publications fréquentes dans les pages des magazines et journaux dominicains, la plupart de sa production littéraire reste inédite.

Ceux qui s’aiment




Les amants
couchent leur saveur dans leur lit,
dans des ascensions liquides
de tact et de cadence.
Dans une descente gélatineuse,
ils plongent leur orgasme dans le vertige
comme une petite mort *
avec des fils d’éclats ou des délires.
Ceux qui s’aiment jouent à s’endormir
sur des abîmes ;
ses baisers naufragés
ouvrent dans un jazz ou en sirop
la célébration de leurs corps
dévorés dans la nuit et la pente.


Basilio Belliard (1966). Né à Moca, République Dominicaine, il est critique, poète et essayiste. Professeur à l’Université Autonome de saint-Domingue, il a publié les livres de poèmes intitulés Diario del autófago (Journal de l’autofage, 1997) et Vuelos de la memoria (Vols de la mémoire, 1999). Avec son livre intitulé Sueño escrito (Songe écrit, 2002) il a obtenu le Prix national de Poésie Salomé Ureña de Henríquez.

Régal des instincts





Rien ne retient les ailes
ni leur repos de danse silencieuse.
Seul le régal des instincts
rassasie les ventres de poussières mortelles.
Personne, même pas son nom,
n’étouffe certains lèvres déterrés,
nus dans certains yeux
avec un fond de Franz List
et un ciel de Mozart.
Seul
maintenant et à l’heure
de notre chair
–consommée en sable et poussière.

Basilio Belliard (1966). Né à Moca, République Dominicaine, il est critique, poète et essayiste. Professeur à l’Université Autonome de saint-Domingue, il a publié les livres de poèmes intitulés Diario del autófago (Journal de l’autofage, 1997) et Vuelos de la memoria (Vols de la mémoire, 1999). Avec son livre intitulé Sueño escrito (Songe écrit, 2002) il a obtenu le Prix national de Poésie Salomé Ureña de Henríquez.

mercredi 7 septembre 2011

32





j’ai dit je suis de corps entier
le Lazare dissident de la mort
l’ovule meurtri dans le sang
le sperme absorbé dans la lumière bifurqué dans l’ombre
j’ai dit je suis le Lazare sans restriction
aile de chauve-souris accroché aux rafales
aile qui meurt dans le brin de l’alcazar
accrochée aux feuilles faufilées dans les prunelles j’ai dit
abominable suis-je
il n’importe que d’autres voix se lèvent
que la monnaie pende de la lumière
que la petite fille dorme
que la joie comble mes étagères perdues
mes paupières se lassent de se voir elles-mêmes se murmurent
une grève de voix
à l’intérieur des regards elles se glissent se retrouvent
s’englobent avec haine sur mon visage
sacré sort qui pose sur mes tempes vermoulues
l’obscurité maudite puisqu’elle est vêtement de la lumière
l’odeur de tes pas l’attente l’oubli la mort
la vie j’ai dit je suis Lazare de corps entier
celui à l’existence pourrie
celui qui n’a pas échappé à la peur à l’horreur au froid
à l’appel de tes bras
car je suis matière esclave de tes yeux


Le texte en espagnol est disponible ici: http://37poetas.tripod.com/id23.html


Adrián JAVIER (1967). Poète prolifique et publiciste dominicain né à Saint-Domingue. Il a obtenu la plupart des prix importants de poésie de la République Dominicaine. Il a publié, entre autres, El oscuro rito de la luz (Le rite obscure de la lumière, 1988), Bolero del esquizo (Boléro du schizo, 1994), El mar que andamos (La mer où nous marchons, 1998), Caballo de bar (Cheval de bar, 1999), Erótica de lo invisible (Érotique de l’invisible, 2000) et Idioma de las furias (Langue des furies, 2000).  

mardi 6 septembre 2011

La tanière. Texte rhizomatique






A Sandra Hued Namías

« J’ai fini la tanière et il semble qu’elle est bien faite » Franz Kafka



Il y a des animaux qui effacent leurs traces en entrant et en sortant de leur tanière.
Aucune créature de cette espèce astucieuse ne m’habite. Jamais !

Quand une gueule pénètre dans mon ventre humide
(–L’Autre est venu, Quelqu’un, le Client ! –me dis-je
des organes étranges lentement me palpent.

Témoin discret des bas fonds
de ma vie non décrite, dégoulinante,
il pense et explore ma solitude archaïque
de terre originaire.

Alors, moi, tanière taciturne,
Je tremble et attends…
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Le mâle entre le premier, suivi par la femelle.
Ils flairent cauteleux la pénombre, se crient doucement
leurs meilleurs messages troubles…

Emportés par la furie sexuelle dans leur orifice profond
les clients copulent.
Couverts par la vapeur dense et fougueuse de leurs instincts
Ils ne craignent les dents des prédateurs froids. Jamais !
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Et toi, Troisième, qui es-tu?
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Je change maintenant et je lance –fatalité sanglante–,
mes traces incertaines dans la boue.
Un coup de peur n’abolira pas la mort.

Je me débarrasse en silence de mon ombre. C’est la haute nuit.
Il ne reste au seuil de la tanière qu’un éclat
neutre de lettres…

Et ce sera l’Autre, peut-être, qui déchiffrera les diagrammes du rhizome :
des traces,
gradients et vecteurs de la fugue
comme sur la toile magique d’un peintre chamanique.

Je poursuis à celui qui me poursuit et je m’offre sans décence
–victime ardente ignorée en sacrifice horrible–,
à la morsure de couleuvre nocturne  –imposante, sacrée
épouvantable.
Tu ne l’imagines pas, œil de la surface, tu ne peux pas le concevoir !

En connexion intense avec la trame obscure de la chair,
la tanière c’est le trou qui palpite, ô terrible homme des rats !
avec des souffles et des écritures profanées.

En elle, lentement,
des créatures bestiales de phosphore innommable
brillent des jouissances de l’abîme, des transfigurations tangibles.

Quelques fois,
cherchant la vérité refoulée de son origine/ secrètement quelqu’un
vient
aux égouts, aux toilettes et aux vieux escaliers.
Seuils où la vie dialogue silencieusement avec l’incertitude.
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Mais ça suffit déjâ de préambules :
Je suis la Tanière féroce qui écrit maintenant son mystère!

Je dépèce les corps animaux qui m’habitent.
Je crache avec furie leur tragédie banale et les os
des êtres insondables.

Or tu n’as rien à craindre, bestiole de l’exil.
Tu n’as qu’à prendre soin de ma tendresse.

Je suis la bouche ensanglantée de Christ dans la caverne!


Le texte en espagnol est disponible ici: http://cazadordeagua.blogspot.com/2011/04/la-guarida.html

Armando ALMÁNZAR BOTELLO (1956). Né à Higüey, en République Dominicaine, il est psychologue clinicien, poète et essayiste. Il a commencé à écrire des poèmes vers la deuxième moitié des années 1970. Le texte original écrit en langue espagnole de son poème  "La guarida. Texto rizomático" ("La tanière. Texte rhizomatique" a été publié le 11 avril 2011 dans son blog intitulé "Cazador de agua" ("Chasseur d'eau"), disponible à l'adresse suivante:  http://cazadordeagua.blogspot.com/