jeudi 8 septembre 2011

Épitaphe pour le Noir qui a joint le Ku Klux Klan




Je suis allé le matin m’inscrire au Klux
car je ne voulais rien savoir des Noirs
parce qu’ils étaient noirs.
Ils allaient me tuer en ouvrant la porte,
mais ils m’ont laissé vivre
quand je leur ai dit la raison de ma visite.
Ils ont étudié mon cas
d'un air très sérieux,
une intelligence admirable
et des arguments très sages.
Le soir, ils m’ont commandé
de tuer, pour commencer,
le Noir le plus proche de moi,
et dans le Georgia j’ai sauté,
dans les eaux de la Tennessee.
Cela explique pourquoi je gis ici
dans ce cimetière liquide,
fier d’avoir accompli fidèlement
la première mission que le Klux m’a commandée.

Le texte en espagnol est disponible ici: http://www.cielonaranja.com/juanfreddyarmando.htm

Juan Freddy Armando (1951). Né à Hato Mayor, République Dominicaine. Poète, publiciste et fonctionnaire, membre de l'Académie Dominicaine de la Langue depuis 2010, il a commencé à écrire des poèmes et des contes en 1973. Malgré ses publications fréquentes dans les pages des magazines et journaux dominicains, la plupart de sa production littéraire reste inédite.

Ceux qui s’aiment




Les amants
couchent leur saveur dans leur lit,
dans des ascensions liquides
de tact et de cadence.
Dans une descente gélatineuse,
ils plongent leur orgasme dans le vertige
comme une petite mort *
avec des fils d’éclats ou des délires.
Ceux qui s’aiment jouent à s’endormir
sur des abîmes ;
ses baisers naufragés
ouvrent dans un jazz ou en sirop
la célébration de leurs corps
dévorés dans la nuit et la pente.


Basilio Belliard (1966). Né à Moca, République Dominicaine, il est critique, poète et essayiste. Professeur à l’Université Autonome de saint-Domingue, il a publié les livres de poèmes intitulés Diario del autófago (Journal de l’autofage, 1997) et Vuelos de la memoria (Vols de la mémoire, 1999). Avec son livre intitulé Sueño escrito (Songe écrit, 2002) il a obtenu le Prix national de Poésie Salomé Ureña de Henríquez.

Régal des instincts





Rien ne retient les ailes
ni leur repos de danse silencieuse.
Seul le régal des instincts
rassasie les ventres de poussières mortelles.
Personne, même pas son nom,
n’étouffe certains lèvres déterrés,
nus dans certains yeux
avec un fond de Franz List
et un ciel de Mozart.
Seul
maintenant et à l’heure
de notre chair
–consommée en sable et poussière.

Basilio Belliard (1966). Né à Moca, République Dominicaine, il est critique, poète et essayiste. Professeur à l’Université Autonome de saint-Domingue, il a publié les livres de poèmes intitulés Diario del autófago (Journal de l’autofage, 1997) et Vuelos de la memoria (Vols de la mémoire, 1999). Avec son livre intitulé Sueño escrito (Songe écrit, 2002) il a obtenu le Prix national de Poésie Salomé Ureña de Henríquez.

mercredi 7 septembre 2011

32





j’ai dit je suis de corps entier
le Lazare dissident de la mort
l’ovule meurtri dans le sang
le sperme absorbé dans la lumière bifurqué dans l’ombre
j’ai dit je suis le Lazare sans restriction
aile de chauve-souris accroché aux rafales
aile qui meurt dans le brin de l’alcazar
accrochée aux feuilles faufilées dans les prunelles j’ai dit
abominable suis-je
il n’importe que d’autres voix se lèvent
que la monnaie pende de la lumière
que la petite fille dorme
que la joie comble mes étagères perdues
mes paupières se lassent de se voir elles-mêmes se murmurent
une grève de voix
à l’intérieur des regards elles se glissent se retrouvent
s’englobent avec haine sur mon visage
sacré sort qui pose sur mes tempes vermoulues
l’obscurité maudite puisqu’elle est vêtement de la lumière
l’odeur de tes pas l’attente l’oubli la mort
la vie j’ai dit je suis Lazare de corps entier
celui à l’existence pourrie
celui qui n’a pas échappé à la peur à l’horreur au froid
à l’appel de tes bras
car je suis matière esclave de tes yeux


Le texte en espagnol est disponible ici: http://37poetas.tripod.com/id23.html


Adrián JAVIER (1967). Poète prolifique et publiciste dominicain né à Saint-Domingue. Il a obtenu la plupart des prix importants de poésie de la République Dominicaine. Il a publié, entre autres, El oscuro rito de la luz (Le rite obscure de la lumière, 1988), Bolero del esquizo (Boléro du schizo, 1994), El mar que andamos (La mer où nous marchons, 1998), Caballo de bar (Cheval de bar, 1999), Erótica de lo invisible (Érotique de l’invisible, 2000) et Idioma de las furias (Langue des furies, 2000).  

mardi 6 septembre 2011

La tanière. Texte rhizomatique






A Sandra Hued Namías

« J’ai fini la tanière et il semble qu’elle est bien faite » Franz Kafka



Il y a des animaux qui effacent leurs traces en entrant et en sortant de leur tanière.
Aucune créature de cette espèce astucieuse ne m’habite. Jamais !

Quand une gueule pénètre dans mon ventre humide
(–L’Autre est venu, Quelqu’un, le Client ! –me dis-je
des organes étranges lentement me palpent.

Témoin discret des bas fonds
de ma vie non décrite, dégoulinante,
il pense et explore ma solitude archaïque
de terre originaire.

Alors, moi, tanière taciturne,
Je tremble et attends…
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Le mâle entre le premier, suivi par la femelle.
Ils flairent cauteleux la pénombre, se crient doucement
leurs meilleurs messages troubles…

Emportés par la furie sexuelle dans leur orifice profond
les clients copulent.
Couverts par la vapeur dense et fougueuse de leurs instincts
Ils ne craignent les dents des prédateurs froids. Jamais !
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Et toi, Troisième, qui es-tu?
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Je change maintenant et je lance –fatalité sanglante–,
mes traces incertaines dans la boue.
Un coup de peur n’abolira pas la mort.

Je me débarrasse en silence de mon ombre. C’est la haute nuit.
Il ne reste au seuil de la tanière qu’un éclat
neutre de lettres…

Et ce sera l’Autre, peut-être, qui déchiffrera les diagrammes du rhizome :
des traces,
gradients et vecteurs de la fugue
comme sur la toile magique d’un peintre chamanique.

Je poursuis à celui qui me poursuit et je m’offre sans décence
–victime ardente ignorée en sacrifice horrible–,
à la morsure de couleuvre nocturne  –imposante, sacrée
épouvantable.
Tu ne l’imagines pas, œil de la surface, tu ne peux pas le concevoir !

En connexion intense avec la trame obscure de la chair,
la tanière c’est le trou qui palpite, ô terrible homme des rats !
avec des souffles et des écritures profanées.

En elle, lentement,
des créatures bestiales de phosphore innommable
brillent des jouissances de l’abîme, des transfigurations tangibles.

Quelques fois,
cherchant la vérité refoulée de son origine/ secrètement quelqu’un
vient
aux égouts, aux toilettes et aux vieux escaliers.
Seuils où la vie dialogue silencieusement avec l’incertitude.
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Mais ça suffit déjâ de préambules :
Je suis la Tanière féroce qui écrit maintenant son mystère!

Je dépèce les corps animaux qui m’habitent.
Je crache avec furie leur tragédie banale et les os
des êtres insondables.

Or tu n’as rien à craindre, bestiole de l’exil.
Tu n’as qu’à prendre soin de ma tendresse.

Je suis la bouche ensanglantée de Christ dans la caverne!


Le texte en espagnol est disponible ici: http://cazadordeagua.blogspot.com/2011/04/la-guarida.html

Armando ALMÁNZAR BOTELLO (1956). Né à Higüey, en République Dominicaine, il est psychologue clinicien, poète et essayiste. Il a commencé à écrire des poèmes vers la deuxième moitié des années 1970. Le texte original écrit en langue espagnole de son poème  "La guarida. Texto rizomático" ("La tanière. Texte rhizomatique" a été publié le 11 avril 2011 dans son blog intitulé "Cazador de agua" ("Chasseur d'eau"), disponible à l'adresse suivante:  http://cazadordeagua.blogspot.com/

Poème épique II: Antigone fatiguée





Je suis sur le point de tout oublier
de me laisser traîner par les litanies optimistes
des nymphes et des faunes

La maladie a presque réussi à dérouter mon vice le plus intime :
la vérité

La chaleur tendre du lit m’a bercé
entre des pilules et lamentations
entre des images floues
de mains aimées et détestées
de morts et assassins

L’insistance naïve de faire ce qui est correct
s’estompe
devant la vengeance
une vengeance qui ne contient pas la justice
mais qui est victime de la colère
omnipuissante
trop vieille
prétérite

Je suis sur le point de rester tranquille
de vaincre l’impulsion par l’action héroïque
d’oublier l’histoire et de me perdre dans la vie

Je sais que je ne peux pas me détourner
que mon destin tragique traverse les piliers de ma volonté
et je ne réussis pas à vaincre l’inertie millénaire
et je fais irruption dans la ville comme un polisson
et je l’assaillis par derrière
par la rivière

Jamais auparavant
je n’ai laissé un mort sans sépulture
ni un assassin en paix

J’expose ma version
comme si jamais je n’eusse appartenue cette famille là
je me mets débout et j’entre dans le nuage blanc de la terreur
qui prend forme entre le ventre et la peur

Or, toujours je meurs d’asphyxie dans la caverne
et personne ne vient me chercher à temps
après ils se lamentent
de mon entêtement
de  ma jeunesse
de mon intelligence
de mon futur brisé
de mes enfants orphelins
de mes maris veufs

Aujourd’hui c’est ma dernière opportunité de changement et je sais que je la raterai

Je vais y aller et je ferais comme toujours :
Je vais faire face à une justice qui fait des démarches
et qui déjà ne nous trahit même pas

Je condamne mon beau-père :
l’assassin de mon seul frère
et je meurs dans la traversée

Alors je pourrais bien
essayer de comprendre
pardonner
oublier
et tant d’autres bêtises de la culture

Rester c’est pour moi une épreuve difficile
il est très difficile
de sortir
du modèle de conduite dramatique
et de ne plus assumer le rôle romantique
qui stigmatise
qui nous rend différents
ce qui est séduisant :

Qui veut être femme quand on peut être un héros ?

Je voudrais me lever soulagée
et communiquer
avec toutes mes parties
avec toutes les Antigones
depuis celle-là, mythique, jusqu’à celles de cette Amérique
bourrée de frères sans sépulture et sicaires consultants
pour leur dire
que ce qui est vrai et ce qui est correct ne valent pas la vie
qu’il faut apprendre à enterrer les morts autrement
que les lois de la cité
–par leur propre nature– son perverses

J’aurais pu m’asseoir dans un bar en plein air
face à une cathédrale ou au cimetière
laisser s’éloigner la caméra
parler en off avec une musique douce au fond
et devenir un film

Maintenant que je suis à nouveau
dans la caverne
asphyxiée par la colère
je sais
que j’aurais pu mettre une jupe courte
et sortir au monde comme une autre
mais non
je n’ai pas voulu ou je n’ai pas pu
je ne le saurai jamais.

Ici
je continue à crier ma vérité pour personne
en attendant
que les repentis trouvent-ils mon cadavre
et je prie aux dieux de renaître comme une autre femme
pour cesser d’être Antigone une fois pour toutes.

J’en ai marre.



Mónica VOLONTERI (1964). Poète, romancière et enseignante argentine née à Comallo, dans la Patagonie. Elle vit à Saint-Domingue depuis 1993, ayant obtenu, en 2010, la nationalité dominicaine. Comme poète, elle a publié Máximo Gómez bajando (En descendant la Máximo Gómez. Editorial Isla Negra, Porto Rico, 2006), dont fait partie le poème traduit ci-dessus. Son roman Sandro (una historia clínica) (Sandro (une histoire clinique) Editorial Isla Negra, Porto Rico, 2004) et les contes de son livre Historias del mosquito fisgón (Histoires du moustique voyeur. Saint-Domingue: Ediciones Bangó, 1993) sont d’autres titres appartenant à sa production publiée.

La mort




La mort vient, oui, avec éclats,
avec l’os de l’homme du coin ;
elle apporte les disputes du journal, la politique
et ce nœud là du vin
qui noyait, parfois, le gendarme.

La mort vient aujourd’hui, exemplaire, énergique
dans le déchirement de mon seul costume que voici ;
elle a perdu un bouton la douce chemise de mon ami
et la mort y était, en sueur,
avec son calcul maximal, mathématique,
rongeant le bouton,
les choux, les pommes de ce kiosque.

Et les pauvres femmes, les soldats,
l’ont vue s’arrêter obstinément aux coins
en leu disant : Vous ne passez pas ?,
en montrant son corps fait de feuilles mortes,
ses os sans miracles, son âme sèche.

Antonio FERNÁNDEZ SPENCER (1922-1995). Né à Saint-Domingue, il fut poète, essayiste, critique, professeur universitaire et  diplomatique. Il a obtenu une licence en Philosophie à l’Université de Saint Domingue. Pendant un séjour de six ans en Espagne, il a terminé une licence de Philologie hispanique à Salamanque et a présidé la “Tertulia Hispanoamericana” sous le patronage du Ministère d’Éducation et l’Institut de Culture Hispanique, ayant assisté à des cours de Philosophie et d’Esthétique dictés par José Ortega y Gasset, Julián Marías, Carlos Bousoño et Dámaso Alonso. En 1952, il a reçu le prix Adonais pour son livre Bajo la luz del día (Sous la lumière du jour), de la part d’un jury présidé par Vicente Aleixandre. Après son retour à son pays natal, il a obtenu le prix Leopoldo Panero pour son livre Diario del mundo.

dimanche 4 septembre 2011

Chant/Autoportrait

Dehors du dehors: tenace la vie coule son rat dans les décombres… miracle misérable, mais miracle. Pourquoi quelqu’un écrit-il, peint-il, ment-il?... Francis Bacon, revient. Slaughterhouse's crucifixion. A.A.B.




…perçois-tu avec clarté le devenir intense rat/ du 
visage juste flux dans les lèvres de l’autoportrait?

l’er-rat-um-ectoplasme émerge de dos proche
vapeur d'une bouche-épaule/ de l’image qui tombe 
dans la zone zéro gauche de l’autoportrait-homme. 
côté droit du visage figure/ erratum fata 
morgana / sibylline-oracle?... putréfiée...?
je bâtis et démolis!

devenir femelle de rat la tête de l’er-rat-um 
explose floue en direction de l’ombre. vers une Autre 
les narines peut-être le plus nez des nez par le 
visage surnuméraire il pleut des visages: la mort!

l’e-rratum-ectoplasme criaille théâtre de la chair 
chute douloureuse de son visage dans l’abîme-visage, son 
devenir chair-désert… corps sans organes. 
des graphèmes il mâche. il éyacule. en écrivant au fil 
du couteau le réel. shiva! jouissance-intensive-douloureuse 
et flux/ nez-phallus-clitoris/ anus-bouche-vulve noire… 
danse lente kâli-parvati!... plis déploiement 
repli… tout vide!...

alcools en duet de l’abîme: l’er-ratum criaille des forces 
devenir turbulent. un autre monde! la chair intense. 
cassée! elle s’affirme avec… contre!... la noirceur 
intraitable de la mort un point c’est tout!... encre-cavalier 
indélébile et avec… son odeur à rat mauvaise ‘haleine’ 
des toilettes. de portrait acre odeur de l’ocre/cadavre 
persistant… huileputréfié. un autre monde à venir.
visage en rite ici en e-rratum!!!

Saint-Domingue. République Dominicaine.


Le texte en espagnol est disponible ici: http://cazadordeagua.blogspot.com/2011/08/canto-i-autorretrato.html


Armando ALMÁNZAR BOTELLO (1956). Né à Higüey, en République Dominicaine, il est psychologue clinicien, poète et essayiste. Il a commencé à écrire des poèmes vers la deuxième moitié des années 1970. Le texte original écrit en langue espagnole de son poème "Canto/Autorretrato" (Chant/Autoportrait) a été publié le 30 août 2011 dans son blog intitulé "Cazador de agua" ("Chasseur d'eau"), disponible à l'adresse suivante:  http://cazadordeagua.blogspot.com/

vendredi 12 août 2011

Révolution et télépathie nano-électronique




Tu sais que maintenant je n’ai pas de portable.
Mon appareil fixe, conventionnel, a été discontinué
à cause de 
pannes multiples.
Le numéro n’a pas été remplacé, mais le dessin de la 
machine 
réceptrice et émettrice de 
messages verbaux… Je n’emploie jamais le registre électronique 
de noms. Voilà ma poétique…

La mémoire téléphonique de ton numéro
que je n’avais notée sur nul autre support
–ce dont je m’aperçois maintenant–
était simplement, fragilement corporelle :
si le dessin du clavier change, le réseau de
connexions mnésique-cinesthésiques est modifié
et bluff !
–Wittgenstein avait raison de le dire–,
je me suis embrouillé dans des histoires, mais pas de fesses,
permutant et combinant des lettres, des digits… et
rien…

Pardonne-moi, Révolution, l’oubli de ton nom, de ton 
chiffre
musical et pythagorique.
Mais tu n’es perdue que dans la mémoire
de mon corps. Car je crois, de façon imperturbable,
que ton être singulier dans l’eidos platonique
reste intact…

Armando ALMÁNZAR BOTELLO (1956). Né à Higüey, en République Dominicaine, il est psychologue clinicien, poète et essayiste. Il a commencé à écrire des poèmes vers la deuxième moitié des années 1970. Comme poète, il a publié Cazador de agua y otros textos mutantes (Chasseur d’eau et autres textes mutants, 2003) et Francis Bacon, vuelve. Slaughterhouse’s crucifixion (Francis Bacon, revient. Slaughterhouse’s crucifixion, 2007).

mercredi 10 août 2011

Arbre sec


Je suis un arbre sec:
la sève s’est en moi consommée.
Je ne sens même pas le vent,
les eaux sont des histoires non racontées.
On m’a rabattue avant que mes feuilles ne tombent,
sanctuaire d’un corps flagellé.
Absorbée dans la douleur végétale :
pourquoi m’as-tu abandonnée ?

Le texte en espagnol est disponible ici: http://poesiadominicana.tripod.com/id58.html

Raquel Virginia CABRERA (1973). Née à Santiago de los Caballeros, en République Dominicaine, Raquel Virginia a fait une maîtrise d’Écriture Créative à la New York University et prépare actuellement des études de postgrade en Littérature et Culture espagnole et hispano-américaine à Madrid. Comme poète elle a publié El vuelo de la locura (Le vol de la folie, 2006).

vendredi 5 août 2011

Défense du troisième œil




Il manque un chapeau à cet œil.
Renforcé dans son regard, tellurique
et doctrinaire, cet œil est en train de courir à Sommerville,
la vallée d’autres lunes et soleils.
Dépourvu d’histoire, et aussi
d’une lumière verte,
cet œil ouvre un espace qu’un autre corps
loue entre opérations boursières
et jupes.
(La tasse de café, tachée de rouge à lèvres et de mots
rompus). Sommerville en noir et blanc.
Un œil se détache à grande vitesse
technicolor. Un autre
nous laisse dans la main de son paysage.


Alexis GÓMEZ ROSA (1950). Poète, enseignant et diplomatique né à Saint-Domingue, il est considéré le poète dominicain vivant le plus important. Auteur constant et prolifique, il vient de publier en 2011 ses (S)Obras completas.

jeudi 4 août 2011

Purple Haze



Pourpre, brillant, le mur s’étend et se détend. Les spirales du son apparaissent, disparaissent. Tu montes et descends. Tu halètes et flottes encore dans ce miasme chaud. Tu te regardes et ne te regardes pas. Jaune infini pleut à verse et le ciel pourpre se tourne vers toi sinueux et attirant. Il t’attrape. Il te lâche. Tu t’accroches à lui avec toute la force qui bat dans tes sens. Tu t’envoles en remontant loin et proche de l’insaisissable. Il n’y a pas de mer ni de soleil, rien que des constellations de va-et-vient, des eaux qui se combinent et se confondent dans les eaux du désir et le mur. Le mur s’incline, il vient vers toi s’empourprant à force d’être bleu dans ses houles les plus calmes et elle, elle s’accroche à toi pour recommencer à nouveau, et encore une fois des milliers de va-et-vient. La boîte n’a pas de bords, ni d’angles, ni de côtés. Elle a la même taille que le néant.


René RODRÍGUEZ SORIANO (1950). Né à Constanza, République Dominicaine. Poète, narrateur, éditeur et animateur culturel. Il réside aux EE.UU. où il dirige le magazine virtuel http://mediaisla.net/revista/ Ses débuts comme poète datent de la décennie de 1970. Le poème ci-dessus est tiré de son livre de 1981 Raíces con dos comienzos y un final (Des racines avec deux commencements et une fin).

Lynxerie





« Ô lynx, mon amour, mon amour lynx »
Pound

Lire ce phénomène est déjà moule du brouillard. Il apparaît déplacé à une région difficile. Or il arrive que la pensée (qui s’en va comme un torrent) s’implique pour transformer l’écart en différence. Il tire toujours de l’amorphe l’ancienne perception, de sorte que l’absurde esquisse des symétries. Elle se préserve tellement lucide dans la courbe de la cornée qui semble se reposer (mais à vrai dire elle se montre) au moyen de l’argument qui exprime ses constantes, sous le statut torride de l’audace. Je peins son profil en le fixant à une déviation et (dans cette unique hypothèse) je l’actualise.

Le texte en espagnol est disponible ici: http://churrunguistunguis.blogspot.com/2009/03/poema-de-leon-felix-batista-r.html

Léon Félix BATISTA (1964). Poète prolifique et extraordinaire, d’une ligne d’écriture érotique très personnelle, par le biais de laquelle il a établi des liens intéressants avec le courant neo-baroque qui semble dominer sur la poésie latino-américaine contemporaine. Il a publié plusieurs livres dont El oscuro semejante (L'obscur semblant, 1989), Negro eterno (Noir éternel, 1997), Vicio (Vice, 1999). Ses premiers livres ont été réunis sous le titre Se borra si es leído - Poesía 1989/1999 (Ça s'efface si on le lit - Poésie 1989/1999, 2000).