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mardi 6 septembre 2011

La tanière. Texte rhizomatique






A Sandra Hued Namías

« J’ai fini la tanière et il semble qu’elle est bien faite » Franz Kafka



Il y a des animaux qui effacent leurs traces en entrant et en sortant de leur tanière.
Aucune créature de cette espèce astucieuse ne m’habite. Jamais !

Quand une gueule pénètre dans mon ventre humide
(–L’Autre est venu, Quelqu’un, le Client ! –me dis-je
des organes étranges lentement me palpent.

Témoin discret des bas fonds
de ma vie non décrite, dégoulinante,
il pense et explore ma solitude archaïque
de terre originaire.

Alors, moi, tanière taciturne,
Je tremble et attends…
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Le mâle entre le premier, suivi par la femelle.
Ils flairent cauteleux la pénombre, se crient doucement
leurs meilleurs messages troubles…

Emportés par la furie sexuelle dans leur orifice profond
les clients copulent.
Couverts par la vapeur dense et fougueuse de leurs instincts
Ils ne craignent les dents des prédateurs froids. Jamais !
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Et toi, Troisième, qui es-tu?
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Je change maintenant et je lance –fatalité sanglante–,
mes traces incertaines dans la boue.
Un coup de peur n’abolira pas la mort.

Je me débarrasse en silence de mon ombre. C’est la haute nuit.
Il ne reste au seuil de la tanière qu’un éclat
neutre de lettres…

Et ce sera l’Autre, peut-être, qui déchiffrera les diagrammes du rhizome :
des traces,
gradients et vecteurs de la fugue
comme sur la toile magique d’un peintre chamanique.

Je poursuis à celui qui me poursuit et je m’offre sans décence
–victime ardente ignorée en sacrifice horrible–,
à la morsure de couleuvre nocturne  –imposante, sacrée
épouvantable.
Tu ne l’imagines pas, œil de la surface, tu ne peux pas le concevoir !

En connexion intense avec la trame obscure de la chair,
la tanière c’est le trou qui palpite, ô terrible homme des rats !
avec des souffles et des écritures profanées.

En elle, lentement,
des créatures bestiales de phosphore innommable
brillent des jouissances de l’abîme, des transfigurations tangibles.

Quelques fois,
cherchant la vérité refoulée de son origine/ secrètement quelqu’un
vient
aux égouts, aux toilettes et aux vieux escaliers.
Seuils où la vie dialogue silencieusement avec l’incertitude.
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Mais ça suffit déjâ de préambules :
Je suis la Tanière féroce qui écrit maintenant son mystère!

Je dépèce les corps animaux qui m’habitent.
Je crache avec furie leur tragédie banale et les os
des êtres insondables.

Or tu n’as rien à craindre, bestiole de l’exil.
Tu n’as qu’à prendre soin de ma tendresse.

Je suis la bouche ensanglantée de Christ dans la caverne!


Le texte en espagnol est disponible ici: http://cazadordeagua.blogspot.com/2011/04/la-guarida.html

Armando ALMÁNZAR BOTELLO (1956). Né à Higüey, en République Dominicaine, il est psychologue clinicien, poète et essayiste. Il a commencé à écrire des poèmes vers la deuxième moitié des années 1970. Le texte original écrit en langue espagnole de son poème  "La guarida. Texto rizomático" ("La tanière. Texte rhizomatique" a été publié le 11 avril 2011 dans son blog intitulé "Cazador de agua" ("Chasseur d'eau"), disponible à l'adresse suivante:  http://cazadordeagua.blogspot.com/

dimanche 4 septembre 2011

Chant/Autoportrait

Dehors du dehors: tenace la vie coule son rat dans les décombres… miracle misérable, mais miracle. Pourquoi quelqu’un écrit-il, peint-il, ment-il?... Francis Bacon, revient. Slaughterhouse's crucifixion. A.A.B.




…perçois-tu avec clarté le devenir intense rat/ du 
visage juste flux dans les lèvres de l’autoportrait?

l’er-rat-um-ectoplasme émerge de dos proche
vapeur d'une bouche-épaule/ de l’image qui tombe 
dans la zone zéro gauche de l’autoportrait-homme. 
côté droit du visage figure/ erratum fata 
morgana / sibylline-oracle?... putréfiée...?
je bâtis et démolis!

devenir femelle de rat la tête de l’er-rat-um 
explose floue en direction de l’ombre. vers une Autre 
les narines peut-être le plus nez des nez par le 
visage surnuméraire il pleut des visages: la mort!

l’e-rratum-ectoplasme criaille théâtre de la chair 
chute douloureuse de son visage dans l’abîme-visage, son 
devenir chair-désert… corps sans organes. 
des graphèmes il mâche. il éyacule. en écrivant au fil 
du couteau le réel. shiva! jouissance-intensive-douloureuse 
et flux/ nez-phallus-clitoris/ anus-bouche-vulve noire… 
danse lente kâli-parvati!... plis déploiement 
repli… tout vide!...

alcools en duet de l’abîme: l’er-ratum criaille des forces 
devenir turbulent. un autre monde! la chair intense. 
cassée! elle s’affirme avec… contre!... la noirceur 
intraitable de la mort un point c’est tout!... encre-cavalier 
indélébile et avec… son odeur à rat mauvaise ‘haleine’ 
des toilettes. de portrait acre odeur de l’ocre/cadavre 
persistant… huileputréfié. un autre monde à venir.
visage en rite ici en e-rratum!!!

Saint-Domingue. République Dominicaine.


Le texte en espagnol est disponible ici: http://cazadordeagua.blogspot.com/2011/08/canto-i-autorretrato.html


Armando ALMÁNZAR BOTELLO (1956). Né à Higüey, en République Dominicaine, il est psychologue clinicien, poète et essayiste. Il a commencé à écrire des poèmes vers la deuxième moitié des années 1970. Le texte original écrit en langue espagnole de son poème "Canto/Autorretrato" (Chant/Autoportrait) a été publié le 30 août 2011 dans son blog intitulé "Cazador de agua" ("Chasseur d'eau"), disponible à l'adresse suivante:  http://cazadordeagua.blogspot.com/

vendredi 12 août 2011

Révolution et télépathie nano-électronique




Tu sais que maintenant je n’ai pas de portable.
Mon appareil fixe, conventionnel, a été discontinué
à cause de 
pannes multiples.
Le numéro n’a pas été remplacé, mais le dessin de la 
machine 
réceptrice et émettrice de 
messages verbaux… Je n’emploie jamais le registre électronique 
de noms. Voilà ma poétique…

La mémoire téléphonique de ton numéro
que je n’avais notée sur nul autre support
–ce dont je m’aperçois maintenant–
était simplement, fragilement corporelle :
si le dessin du clavier change, le réseau de
connexions mnésique-cinesthésiques est modifié
et bluff !
–Wittgenstein avait raison de le dire–,
je me suis embrouillé dans des histoires, mais pas de fesses,
permutant et combinant des lettres, des digits… et
rien…

Pardonne-moi, Révolution, l’oubli de ton nom, de ton 
chiffre
musical et pythagorique.
Mais tu n’es perdue que dans la mémoire
de mon corps. Car je crois, de façon imperturbable,
que ton être singulier dans l’eidos platonique
reste intact…

Armando ALMÁNZAR BOTELLO (1956). Né à Higüey, en République Dominicaine, il est psychologue clinicien, poète et essayiste. Il a commencé à écrire des poèmes vers la deuxième moitié des années 1970. Comme poète, il a publié Cazador de agua y otros textos mutantes (Chasseur d’eau et autres textes mutants, 2003) et Francis Bacon, vuelve. Slaughterhouse’s crucifixion (Francis Bacon, revient. Slaughterhouse’s crucifixion, 2007).