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mardi 10 novembre 2009

Persécution II



Isabel: nous sommes de ceux qui ne sont pas bons.
Il faut fermer les portes et faire nos bagages,
l'ambulance est déjà là qui ramasse les cadavres
de ceux qui ont osé faire un rot sous les sémaphores.
Sortons, Isabel: elle est bonne por la santé cette gêne de notre
pourriture. Comprends-le, il n'y a plus de place
pour nous.
Prends ce sourire avec lequel nous devons poursuivre notre agonie.
Parlons, gesticulons, osons marcher
comme des nécrophores heureux sur le cadavre de la patrie
et ses bâtiments nains. Il faut nous dépêcher,
il y a trop d'yeux sur cette ulcère que nous sommes.
Mais nous devons oser vivre un peu plus longtemps,
les amuser, nous arracher les ongles pour leur bonheur,
et ainsi pouvoir les graver dans le bas-relief
qui annonce l'arrivée de ceux
qui haïront beaucoup plus que nous. Souviens-toi,
nous ne sommes pas bons, Isabel, n'ose jamais demander un espace
pour placer l'éclat qui habite nos poumons;
car il n'y a pas de temps (il n'y en a jamais eu)
pour penser même à nous
Sommes-nous arrivés en retard, ou bien en avant?


Amable LÓPEZ MELÉNDEZ. Extrait de: Estos días desiguales (Ces jours inégaux). Saint-Domingue: Bibliothèque Nationale, 1986.