mardi 6 septembre 2011

La mort




La mort vient, oui, avec éclats,
avec l’os de l’homme du coin ;
elle apporte les disputes du journal, la politique
et ce nœud là du vin
qui noyait, parfois, le gendarme.

La mort vient aujourd’hui, exemplaire, énergique
dans le déchirement de mon seul costume que voici ;
elle a perdu un bouton la douce chemise de mon ami
et la mort y était, en sueur,
avec son calcul maximal, mathématique,
rongeant le bouton,
les choux, les pommes de ce kiosque.

Et les pauvres femmes, les soldats,
l’ont vue s’arrêter obstinément aux coins
en leu disant : Vous ne passez pas ?,
en montrant son corps fait de feuilles mortes,
ses os sans miracles, son âme sèche.

Antonio FERNÁNDEZ SPENCER (1922-1995). Né à Saint-Domingue, il fut poète, essayiste, critique, professeur universitaire et  diplomatique. Il a obtenu une licence en Philosophie à l’Université de Saint Domingue. Pendant un séjour de six ans en Espagne, il a terminé une licence de Philologie hispanique à Salamanque et a présidé la “Tertulia Hispanoamericana” sous le patronage du Ministère d’Éducation et l’Institut de Culture Hispanique, ayant assisté à des cours de Philosophie et d’Esthétique dictés par José Ortega y Gasset, Julián Marías, Carlos Bousoño et Dámaso Alonso. En 1952, il a reçu le prix Adonais pour son livre Bajo la luz del día (Sous la lumière du jour), de la part d’un jury présidé par Vicente Aleixandre. Après son retour à son pays natal, il a obtenu le prix Leopoldo Panero pour son livre Diario del mundo.