mercredi 20 juillet 2011

Note suicidaire I



Qu’on n’accuse personne de ma tristesse
si je marche seul là-bas
livré à la mélancolie
traversant des rêves
avec les yeux grands ouverts
au milieu d’une steppe négligée.

Qu’on n’accuse personne de ma tristesse
si je suis né à l’hôpital des pauvres
L’Humanitaire,
d’une mère pareillement triste et un père absent,
à La Vega,
un village lointain qui n’existe plus.

Qu’on n’accuse personne de ma tristesse,
car j’ai vécu avec elle plus de cinquante ans,
sans avoir besoin d’anti-tristessives, ni de pères, ni rien..
Si j’ai vécu
en me sauvant moi-même
au fil des rues et des bars
de n’importe quelle ville
ou dans les bras de n’importe quelle femme
en m’inventant d’autres vies possibles.

Fernando VALERIO-HOLGUÍN (1956). Né à La Vega, en République Dominicaine, il est Docteur ès Lettres Hispano-américaines par la Tulane University (EE.UU.). Narrateur, poète et essayiste, il est professeur-chercheur dans le domaine de la littérature et la culture afro-caraïbe à la Colorado State University. Comme poète, il a publié, en  2002, Autorretratos (Autoportraits); en 2009, Rituales de la bella pagana (Rituels de la belle païenne) et en 2011, Retratos (Portraits).