mercredi 20 juillet 2011

C’était la fin du monde
dans mon quartier






C’était la fin du monde dans mon quartier
et ça n’a intéressé personne.
Mes parents avaient mis CNN
et ils attendaient le bulletin spécial.

Les liquor stores et les cyber-cafés
sont restés ouverts jusqu’à très tard.
Personne ne comprenait les signes.
Même la femme qui a vue la silhouette
de la p’tite vierge de la Haute-Grâce
sur le cristal de devant de son tout-terrain
est partie la laver au car wash.

Les motels et les bingos étaient bourrés de gens.
Les filles évangéliques qui, avec leurs pamphlets,
avaient tant annoncé la fin
sont allées tôt au lit.

On n’a pas coupé les lignes téléphoniques.
Ni l’eau ni l’électricité n'ont cessé de couler.
Personne n’a vu les étoiles tombant du ciel.
Et lorsque l’archange Michel a sonné sa trompette,
le match des yankees
était
à son huitième tour.


Frank BÁEZ (1978). Né à Saint-Domingue, il a publié en 2004 Jarrón y Otros Poemas (Vase et autres poèmes, Editorial Betania, Madrid); en 2007, les récits de Págales tú a los Psicoanalistas (C'est toi qui paie les psychanalystes, Ediciones Ferilibro, Santo Domingo) et en 2010, le livre de poèmes intitulé Postales (Colección Casa de Poesía, Editorial Universidad de Costa Rica).