mardi 10 novembre 2009

Le jardin d'Épicure



Depuis ma naissance, je me suis arrêté à regarder mes pas
Depuis lors, je n'ai jamais cessé de marcher.
Toute mon extension ne cesse de se regarder.
Si je ne marchais plus, je deviendrais aveugle;
si je m'arrêtais, les traces me noyeraient.
Les rues glisseraient vers le soir.
Je vais encore avec mon ombre, pourtant mes pas sont renvoyés.
Si je cessais de marcher, la mort m'atteindrait, et elle mettrait
un miroir face à mon dos, et de nouveau je redeviendrais celui qui j'étais,
et je noyerais le lac de la nuit. Et voici qui s'etendrait
la lumière du calix
Mon nom sur une bouteille brûlerait la mer, et je serais le
fils de la mer. La parole d'Épicure dans le jardin brûlerait
les lèvres, et alors je serais l'enterré.
L'exilé du verbe.

Basilio BELLIARD (1966). Né à Moca, en République Dominicaine, il est poète, conteur, fonctionnaire et professeur universitaire. Le poème ci-dessus est extrait de: Diario del autófago (Journal de l'autofage), Saint-Domingue: Editora Búho, 1997, p. 41.