mardi 1 septembre 2015

Chien ne mange pas de chien



Ainsi rongé raclé par l’os dur
il n’échappe pourtant pas au ton
blessé patte fragile
barque de feu et de lune
seuls rasseoir et corps dépassent
le bercail de l’aura abjecte métallique
indicatrice du relais l'ancre le midi

et sentir jusqu'à l'évanouissement
l'œil de l’haleine qui demande trace et chair
détachée

mais la serve s’avance à même l’écho
ère de cancer et de scorpion ère de la gueule
esclave de la vulve extérieure aimant de la campagne

elle ne résiste pas cependant la charpente
sexe et pouls évasion du désir primitif

je suis mort tu es mort il est mort plein de fois
et je m’appelle frayeur fil d’une vie extrême

occulte plexus épouvantable anus sans l'anus bord pointe
de la fourmi tuméfiée artère qui demande
le pouls pâle du silence et labyrinthe

comme ça l’infini miroir de l’inclémence
miroir turbide prononcé par le nom
délire de l'extrême extrême du délire

alors il court il s’agite indiscret peureux
substance et rumba de la fente
chimie imparfaite de la bave
renifleur sniffeur de chatte et du ciment
convive de gueules antérieures et postérieures

la queue te dit tout
tu es un état sans état
un poil sans le poil
ventre élastique mal mis
garce pieuse là où il faut sentir
sentir la pointe métallique et le chrome

une patte et une autre patte arrache la vésicule et le bord
jaune de ce liquide frugal sonore séminal
mais la bouche s’ouvre engloutit la question
elle mange le tact du lierre et demande  demande
l’aine sent suce cette Pierre douce
noire rouge grise chromatique démence
quatre pattes et une bouche suceuse dévore dévore le gars
quel est ton problème type dur l'autre frétille s’ébranle
queues et nuit plantureuse bâton qui appuie le centre même du pubis
de la rose
et il arrive et frémit et se répand en bruit
jardin orageux violé par le je dissolu

tiqueux verbeux galeux dolosif sinueux

le politicien connaît renifle son chemin et porte atteinte à tout


Odalís PÉREZ NINA est un philologue, critique d'art et de littérature, dramaturge, professeur universitaire et poète dominicain auteur d’une œuvre polyvalente qui frôle déjà la trentaine des titres. En poésie, il a publié, entre autres, les livres suivants. Habitácula (Premio Casa de Teatro, 1986), La pirámide en el hombro de Dios (1988), Papeles del eterno (1999).

mercredi 6 août 2014

Futur





Qui sait: ce que j’écris, je dois le manger; ce  que je n’écris pas:
me dévore à moi. Il ne disparaît pas parce que je le mange.
Et je ne disparais pas parce qu’il me dévore.

Herta Müller



Derrière le mur
le mot est presque tout
quand personne n’écoute
quand personne ne se tourne pour t’appeler

et presque tout
dévore le presque rien qui s’éteint quand tu fermes les yeux
pour tenter ton absence
ton quasi être
qui deviendra rien
ou souvenir
ce qui est la même chose

et hors le mur
les cadavres s’entassent.




Argénida ROMERO. Née à Caracas (Vénézuela), elle vit à Saint-Domingue où el est journaliste et écrivain. Elle a publié Mudanzas (Déménagements, Letragráfica, 2010) et Arraiga  (Prise de racines, 2014. Elle publie le blog  El diario de la rosa.

mardi 10 juin 2014

passe-temps




quand la ville ferme ses yeux au bord de l’horizon
et que la nuit se déchire sur les rues vides,
j’aime sortir chasser des mots, les attraper entre mes mains.
les ressentir comme elles respirent entre mes doigts,
les rapprocher de mes oreilles,
écouter leurs ordres
et, comme un zombi,
répandre des vers sur les murs,
sur le corps tiède des putains de la rue El Conde,
sur les chiens bâtards qui fouillent les ordures sur le vent,
courir quand les premiers rayons du soleil violent les toits,
attendre à ce  que l’obscurité recommence à se mettre entre les pores de concret
pour aller chasser encore une fois.


Version originale en langue espagnole disponible ici: http://contratiempo.net/2012/05/luis-reynaldo-perez/




Luis Reynaldo PÉREZ est l’un des représentants les plus saillants de la dernière génération de poètes dominicains. L’espace urbain constitue pour lui un univers d’exploration incessant, centre véritable d’une quête simultanément poétique et existentielle. Prix de poésie Pedro Mir 2012, octroyé par la Fondation Globale Démocratie et Développement (FUNGLODE), avec son poème intitulé Urbania. À part ce dernier, il a publié, entre autres titres, Toda la luz (Toute la lumière, 2013), Temblor de lunas (Frisson de lunes, Prix Unique au Premier Concours National de Haïku, 2013), Poemas para ser leídos bajo la lluvia (Poèmes à lire sous la pluie, 2012), etc.

jeudi 6 mars 2014

Tel que Narcisse m'a regardé



Je me dois de regarder ce que d'autres n'ont pas regardé
l'image du rêve
la parole du vent
le sourire du souvenir
la pensée de la mer
la folie de la bête
l'homme
l'illusion du souvenir
l'étourdissement
la vengeance du mort
mon nom
l'immortalité de la vie
le délire de l'homme
la mort
la nuit oscure
le jour clair comme la nuit
la nuit où nous tous périssons
la fulguration souriante infinie du jour
qui passe comme la brume
le soleil et ton sommeil
rivière infinie qui me soutient
je me dois de posséder la transparence liquide de la mer
sa fissure perdue pour toujours
sa fatigue qui
invente d'agonies pour la vie
je me dois de me regarder
comme d'autres m'ont regardé
avec vengeance découragement et peur
tel que je me regarde toujours dans la pensée
fabulateur et farouche indocile
tel que Narcisse m'a regardé dans le miroir
imprécis et fugacecomme s mort évanescente
perdurable comme l'oubli
doux et tendre comme le désir
comme le rêve passion et poésie
quand je me suis reveillé j'ai compris son épitaphe secret: la bonté
du regard
supporte le visage de l'homme sans se briser


Version en langue espagnole disponible ici: http://37poetas.tripod.com/id12.html  


PIÑA, Jorge est un poète, médecin et psycanaliste dominicain né à San Juan de la Maguana. En 1993, il fixe sa résidence à Inwood-Washington Heights, New York. Il se définit lui-même come métapoète et psychanaliste, à partir de la thèse selon laquelle "le poème est un métalangage". Il a fondé le Movimiento Escuela Internacional Metapoesía (MIM). Piña a publié, entre autres titres: La passion des rêves, avant-métapoétique, (Androgyne aveugle (métapoésie, 1998), Métaoniriques (métapoésie, 1998); (Anthologie), 2003 et Ars Métaonirique. L'un de ses livres les plus récents s'intitulle Les Manifestes de la Métapoésie, 2003.


mercredi 5 mars 2014

Poulain transpiré par esprit froid




Le sang de sa musique c'est du soleil

Sous ma langue triste et sage
Sous ma langue de chaire érotique
Sous ma langue, fruit qui retient
Sous l’argile amoureuse de ma langue
Indifférente à la nostalgie
Ma langue chaleureuse de bibliothèque
(saveurs du savoir)
Mon endroit d’imbattable présent
Ou sommeille mon cosmonaute

Et son vaisseau peint au frais


Le texte original en langue espagnole est disponible ici: http://www.angelahernandeznunez.com/2013/05/poemas-del-libro-onirias-imagen-y.html



Ángela HERNÁNDEZ (1964). Née à Jarabacoa, République Dominicaine, elle écrit des poèmes, des essais, des contes et des romans, à côté de ses activités comme animatrice culturelle et comme activiste de premier rang dans la lutte pour la sauvegarde des droits des femmes. Comme poète, elle a publié: Desafío (Défi, 1985); Tizne y cristal (Suie et crystal, 1987); Arca espejada (Arche miroitante, 1994); Telar de rebeldía (Métier de révolte, 1998).

jeudi 27 février 2014

Pragmatique




La sensibilité: ce jeu de sauter
entre les tombeaux métaphoriques
des poètes sans âme.

La poésie: ce jeu de figures anamorphiques
qui se désarment pour paraître dans n’importe quelle pub.

La profondeur: cet abime illuminé
avec des petites lampes de Noël.

La fatalité: ce souvenir clignotant
de peut-être le petit matin.

Les arguments triomphent.



Mónica VOLONTERI (1964). Poète, romancière et enseignante argentine née à Comallo, dans la Patagonie. Elle vit à Saint-Domingue depuis 1993, ayant obtenu, en 2010, la nationalité dominicaine. Comme poète, elle a publié Máximo Gómez bajando (En descendant la Máximo Gómez. Editorial Isla Negra, Porto Rico, 2006), dont fait partie le poème traduit ci-dessus. Son roman Sandro (una historia clínica) (Sandro (une histoire clinique) Editorial Isla Negra, Porto Rico, 2004) et les contes de son livre Historias del mosquito fisgón (Histoires du moustique voyeur. Saint-Domingue: Ediciones Bangó, 1993) sont d’autres titres appartenant à sa production publiée.

Le peché des dieux


S'il est un crime que de faire sentir
l'odeur de la nourriture à un homme afamé
et condamné ne plus manger à jamais,
comment peut-il être considéré juste
le juge qui fait découvrir à l'homme
l'éternel et l'infinit,
lui fait sentir la perfection
et lui provoque le désir de l'atteindre,
tout en sachant qu'il poursuit, inexorable,
la puanteur de l'homme qui pourrit,
seconde après seconde,
le premier après le premier?

Le texte en espagnol est disponible ici: http://www.cielonaranja.com/juanfreddyarmando.htm

Juan Freddy Armando (1951). Né à Hato Mayor, République Dominicaine. Poète, publiciste et fonctionnaire, membre de l'Académie Dominicaine de la Langue depuis 2010, il a commencé à écrire des poèmes et des contes en 1973. Malgré ses publications fréquentes dans les pages des magazines et journaux dominicains, la plupart de sa production littéraire reste inédite.

mercredi 26 février 2014

Nids d'oiseaux






Missionnaires
lumineux, nos organes sexuels,
parfaits comme nids d’oiseau,
carnivores, inimitables.

Les organes des vierges
où tiennent tous les rêves.

Les organes de miel des prostituées
où tiennent tous les hommes.

Les organes des dames où un homme tient
et où des milliers sont invoqués.

Les organes poussiéreux des mortes
où les vers soupirent.

Les organes de la femme gravide
en plaine érudition créatrice.
Le monde créé à travers d’un cercle.

Version en espagnol disponible dans: http://blog.pucp.edu.pe/item/29317/la-poesia-de-aurora-arias-santo-domingo-r-d-1962 


Aurora ARIAS (1962). Née à Saint-Domingue, elle a étudié Art et Psychologie, et a travaillée comme journaliste, ayant été coéditrice de Quehaceres, organe du Centre pour l’Action Féminine (CIPAF). Poète et narratrice, elle a publié, comme poète, Vivienda de pájaros (Demeure d’oiseaux, 1986) et Piano lila (Piano couleur lila, 1994).